Malgré-Nous
Le 20/08/2021 à 10h55 par départementales Archives

Les geôles du Fort Zinna à Torgau : un secret bien gardé

 

 

 

Lorsqu’on évoque les Malgré-Nous, force est de constater que certains de nos concitoyens, notamment de la France dite de l’Intérieur, n’en ont jamais ou peu entendu parler.

 

Quelles réalités traduit le terme de ¨ Malgré-Nous ¨ ?

 

Il faut se replacer dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.

 

La Bataille de France fait rage du 10 mai au 25 juin 1940 avec une issue défavorable pour la France. Après les combats, le 22 juin 1940, un Armistice est signé par le Maréchal Pétain et le Reich hitlérien.

 

Dans ce document, il n’est pas porté atteinte à l’intégrité territoriale française. Aucun sort particulier n’est réservé quant à l’Alsace et la Moselle germanophone. Dans les faits, ces territoires sont annexés au Reich.

 

Alors… L’Alsace –Moselle ? Territoires annexés ou occupés ?

 

Annexés !

 

Les lois nazies s’y appliquent progressivement de manière à ce qu’à terme les habitants d’Alsace et de la Moselle soient soumis aux mêmes règles que tout citoyen du IIIe Reich.

 

Dans les faits, la germanisation et la nazification s’y développent, infiltrant toutes les couches de la population, des plus jeunes aux plus anciens. Tous les secteurs de la vie quotidienne sont quadrillés, mis sous surveillance.

 

Le 25 août 1942, le IIIe Reich décide de conférer la nationalité allemande aux Alsaciens-Lorrains qui s’engageront dans la Wehrmacht ou la SS. Il ne s’agit pas d’un choix laissé aux jeunes gens mais d’une obligation. Tout refus, toute désertion ou évasion est sanctionnée : le coupable est puni mais aussi ses proches voire ses amis. La Loi du Clan – Sippenhaft - s’applique.

 

Toute désertion a des conséquences sur les membres de la famille, même éloignée : exécution des déserteurs, internement des parents et des proches au camp de Schirmeck voire dans le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, déportation ou ¨ transplantation ¨ en Pologne voire en Russie.

 

Pour essayer de protéger leurs proches, certains jeunes se soumettent à l’incorporation de force et espèrent pouvoir faire valoir leur nationalité française, leurs scrupules religieux ou liberté de conscience pour se soustraire aux combats. Ces attitudes sont sévèrement punies : désertion, couardise. Les nazis ne tolèrent aucune faiblesse. Les arrestations sont menées tambour battant et des simulacres de procès militaires déjà ficelés se tiennent alors.

 

Les Malgré-Nous ne sont pas une exception des territoires alsaciens et de Moselle. Il y en a eu aussi au Luxembourg et dans d’autres pays annexés par le IIIe Reich. Ils sont citoyens d’autres pays que les nazis asservissent et ont décidé d’employer leur jeunesse au service de leur effort de guerre mortifère.

 

Certains s’enfuient, désertent, d’autres meurent en opération ou en tentant de rallier les Alliés, notamment en Union Soviétique où ils échoueront dans des camps, notamment dans celui de Tambov. Peines de pendaison, peloton d’exécution, guillotine mais aussi envoi dans des bataillons disciplinaires envoyés en premières lignes face aux Soviétiques ou sur les terrains d’opérations les plus meurtriers. Ultime chance de faire son devoir et de prouver son intérêt pour le Grand Reich… 

 

Infime espoir de rester en vie encore un peu et, peut-être de trouver une échappatoire. Certains sont arrêtés et jugés à l’est de Leipzig. Ils sont incarcérés dans les geôles du Fort Zinna à Torgau (Allemagne - Saxe du Nord). 

 

Les geôles du Fort Zinna à Torgau : un secret bien gardé

 

Pour quelle raison une chape de plomb s’abat-elle sur les Alsaciens-Lorrains, incorporés de force et internés dans cette forteresse allemande ? 

 

Plusieurs raisons : 

 

Tout d’abord, la désertion, l’insubordination ou la couardise sous les nazis sont intolérables et sévèrement punis. 

 

Ensuite, au lendemain de la Guerre, la République fédérale allemande ne peut envisager de remettre en question la probité de ses institutions judiciaires ou de son armée : elles ne peuvent être coupables d’avoir enfreint le droit international pour mettre la main sur les jeunes recrues d’Alsace et de Lorraine notamment. La Guerre froide se prépare, elle est amputée d’une partie de son territoire, il y va de sa survie. 

Par ailleurs, Leipzig et les archives des tribunaux militaires qui n’ont pas été détruites sont tombées sous le joug soviétique lors du dépeçage du Reich puis sous celui de la République démocratique allemande après 1949. Les preuves de ces représailles étaient aux mains de deux autres régimes autoritaires successifs qui n’avaient rien à envier au IIIe Reich.

 

Enfin, l’Etat français a été extrêmement discret quant à son opposition à l’annexion de l’Alsace-Lorraine au Reich puis à l’incorporation de force de ses citoyens vivant dans des lieux de vie annexés de fait par une puissance étrangère en violation de tous les traités internationaux et bilatéraux.

 

Chacun a sa part de responsabilité dans la souffrance infligée à ces jeunes gens et leurs familles.

 

L’enjeu aujourd’hui est de reconnaître cette réalité aux multiples facettes et de comprendre comment une telle chose a pu arriver.

 

« Les Malgré Nous de Torgau – Des insoumis alsaciens et mosellans face à la justice militaire nazie » vous permettra de vous replonger dans un épisode douloureux de l’histoire alsacienne et d’en mieux saisir les enjeux et toute leur complexité encore d’actualité aujourd’hui.

 

L'incorporation de force dans l'armée du IIIe Reich concerne l'ensemble des hommes nés entre 1908 et 1926 dans les départements alsaciens et en Moselle. Des 130 000 à 140 000 incorporés de force, 35 000 à 40 000 seront tués ou seront considérés comme « non-rentrés », disparus sur l’un ou l’autre des champs de bataille.

Ordonnance du 25 août 1942 l'incorporation de force (Wehrflicht)

© Archives d’Alsace Colmar Jx 75

 

Pour en savoir plus :

 

STROH, Frédéric, Les Malgré Nous de Torgau – Des insoumis alsaciens et mosellans face à la justice militaire nazie,

L’Incongruiste Editeur, 2006

Exemplaire disponible dans les bibliothèques patrimoniales ou de conservation des Archives d’Alsace sur le site de Strasbourg cote 5780 et sur le site de Colmar cote 7337.

 

Fiche d’aide à la recherche des ex-AD67 : état des sources suivi d'un lexique et d'une contextualisation juridique.

Les incorporés de force : (2007, mise à jour 2014). 20 pages

 

La germanisation à l'époque nazie : vidéo ET sa fiche d’aide à la recherche

L'Alsace sous le joug nazi : vidéo ET sa fiche d’aide à la recherche

Les réfractaires alsaciens : vidéo ET sa fiche d’aide à la recherche

Les 1500 : Vidéo ET sa fiche d’aide à la recherche

 

Expo itinérante « Que s’est-il passé au camp de Tambov ». (20 structures autoportantes).

Emprunt gratuitement, par simple demande aux Archives d’Alsace à Strasbourg :

https://archives.bas-rhin.fr/a-voir/expositions/tambov-1943-1945/emprunter-l-exposition/

 

 

Valérie-Audrey Guidat

Chargée de Mission Valorisation

des fonds relatifs à l’histoire de l’Alsace

 

 

Avec la participation de : Véronique Guasco, Marie Collin, Laëtitia Brasseur, Pierre Jakubowicz, Isabelle Gérard, Jérémy Arbogast, Alain Baysang.

 

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